Partager l'article ! L'ombre d'un doute...: L’ombre d’un doute… Toujours, marcher à l’ombre… Aujourd’hui, ...
| Mai 2012 | ||||||||||
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L’ombre d’un doute…
Toujours, marcher à l’ombre…
Aujourd’hui, quelqu'un a marché sur mon ombre. Je crois que c’était un malfaisant, car il est venu par derrière, sans attirer mon attention, en marchant doucement sur le sable, et a posé le pied dessus. Je l’ai bien senti.
Je dormais ou plutôt somnolais sous mon parasol dont l’ombre était sensée me protéger des prédateurs. En effet, avoir son ombre dans l’ombre d’autre chose vous protège des agents du Ministère des Ombres.
Bref, ce salopard a tenté de me voler mon ombre pendant ma sieste. D’autres essaieraient de vous voler votre serviette de plage ; lui, c’était mon ombre. Comme la terre avait tourné depuis mon installation sur le sable, mon ombre dépassait un peu de l’ombre du parasol.
Vendre une ombre au marché noir peut rapporter gros depuis que des petits malins ont découvert la vertu thérapeutique de l’ombre.
En effet, ceux ou celles qui avaient la chance de vivre dans l’ombre des stars se voyaient transformer physiquement et progressivement à l’image de la star.
Fini les liftings et les cures d’amaigrissement. On se transformait gentiment. Il fallait seulement de la patience.
N’allez pas chercher plus loin si vous voyez avec étonnement une cohorte entourer les stars. Ces parasites vivent dans leur ombre.
Le pire ce sont les agents du Ministère des Ombres. Comme les recettes de l’État sont en baisse, ils chassent les ombres et taxent les citoyens qui les laissent traîner n’importe où. La meilleure période de la journée est le coucher du soleil quand les ombres s’allongent. À midi, on ne risque pas grand-chose ; pas plus que ceux qui « tiennent les murs » dont l’ombre colle au mur.
Les jours de pluie ou par temps couvert pas de recette possible. C’est pourquoi les régions pluvieuses et brumeuses sont les plus prisées. Les noctambules ne risquent rien s’ils évitent les lampadaires.
Bref, la vie devient vite infernale dès que l’on se déplace à pied pour satisfaire le Ministère de l’Écologie. Le vélo est une bonne alternative, car il est difficile de séparer l’ombre du cadre de son propriétaire.
Le pire est de se faire voler son ombre ! C’est ce qui a failli m’arriver.
Sans votre ombre, vous êtes un type fini, non taxable, transparent.
Essayez de parler à quelqu’un sans votre ombre, vous n’aurez pas de réponse ; il ne vous voit pas. Vous n’avez plus qu’à voyager la nuit. Tout le monde est gris (comme les chats).
Que deviennent les ombres volées ? Et bien elles sont vendues ou échangées afin de se refaire une silhouette. Une grosse contre une fine, un beau profil contre un profil tordu, etc.… Petit problème, dans le cas de l’échange, il vous reste une ombre dont personne ne veut sauf… Le Ministère de la Guerre !
Celui-ci recycle les ombres ! Il les passe au broyeur pour les formater selon ses critères : résistance, férocité et docilité. Son armée est invincible.
Essayez pour voir, de tirer à la Kalachnikov sur une ombre ; les balles passent à travers. Même Duky Luc n’a pu y arriver.
Le Ministère de l’Intérieur est lui aussi demandeur pour juguler les banlieues. Les commandos de l’Ombre entrent en action et étranglent proprement les agitateurs qui brûlent les bagnoles.
Le Ministère de L’Écologie qui, lui, fournit les cocktails Molotov voit son plan carbone partir sans fumée. Plus de voitures plus de pollution !
D’ailleurs les gens importants, pour ne pas êtres taxés sur leur ombre, ne se déplacent qu’en voiture qui d’ailleurs ne risque pas de brûler, car ils sont bien protégés par les ombres du Ministre de l’Intérieur : le célèbre Markoski qui marche plus vite que son ombre.
Qui la lui prendrait me direz-vous ? Personne n’en voudrait ! En tout cas pas moi puisque la mienne me convient parfaitement, bien qu’un peu usée.
Dernièrement alors que je faisais mon jogging, j’ai heurté une jolie joggeuse et nos ombres se sont mélangées. Son ombre était délicieusement parfumée et j’ai mis le pied dessus pour en profiter un peu. Elle m’a dit inquiète : « N’essayez pas de me voler mon ombre, je sais que vous pourrez en tirer un bon prix, mais je travaille au Ministère des Ombres en CDD, je deviendrais alors transparente et je n’aurais plus d’emploi.
- Ne craignez rien lui dis-je, je ne suis pas un voleur et de plus vous êtes charmante, voir disparaître votre sourire serait une punition pour moi.
- Monsieur, je vois en vous un séducteur, aussi il faut que je continue ma course. Au revoir ! »
Il ne restait qu’un faible parfum de son passage. Aussi, je résolus de la revoir à l’occasion. Le plus tôt possible !
La seconde rencontre eut lieu à l’ombre d’un porche. Par hasard…Enfin pas tout à fait, car je l’avais repérée et suivie depuis un moment. Elle me regarda de haut en bas évaluant ma musculature et sourit. Son ombre parfumée était toujours aussi entêtante. Son costume de jogging ne cachait rien de ses formes qui étaient parfaites. Je pensais un moment lui voler son ombre et la tenir à ma merci. De fait, je crois que je devenais amoureux.
Sur ce, le soleil disparut derrière un nuage. Plus d’ombres, celle du porche devenait inutile et je l’accompagnais dans sa course sous un grain, qui mouilla le trottoir.
Au coin d’une rue, nous tombâmes sur un contrôle de police. Il nous fallut exhiber notre carte attestant de la redevance des ombres. Chance, je l’avais sur moi. Ma compagne sortit sa carte du Ministère des Ombres et eu droit à un salut réglementaire elle dit : « Ce monsieur m’accompagne » . J’avais eu le temps de lire son prénom sur sa carte : elle s’appelait : Ombeline… Joli prénom en effet !
Les policiers enregistrèrent les codes-barres des cartes et nous saluèrent avec respect.
Ombeline se tourna vers moi : « Je crois que je vais continuer seule, je suis dans mon quartier.
Merci de m’avoir accompagnée »
Cela fait un mois que je ne l’ai pas vue. Elle a changé son parcours et je ne sais pas où elle loge. Sûrement un endroit chic, car pour travailler au Ministère des Ombres, il faut être pistonné.
Moi je traîne ma misère au chômage en alternant des petits boulots : Vendeur de journaux pour allumer le feu. Le papier est devenu rare et je ramasse les journaux gratuits dans la rue pour les revendre au poids ; brancardier dans les hospices de vieux, ils ne sont pas trop lourds et mon dos ne souffre pas trop ; porteur de pancartes favorables aux ministres en déplacement (bien payé) ; arracheur d’affiches électorales de l’opposition (un peu risqué) ; mais pas gigolo, je suis trop vieux pour ça.
Pour m’occuper un peu la plage au soleil et surtout ne pas se faire voler son ombre. `
Je bricole aussi un peu, et dernièrement j’ai mis au point une canne à poinçonner les ombres. Je me mets dans l’ombre de quelqu’un, je pose l’extrémité de ma canne vers un bord j’appuie discrètement et j’obtiens une belle découpe ronde comme à l'emporte-pièce. C’est indolore et le trou se comble aussitôt. Le soir, je vide l’extrémité de la canne et j’ai une pluie de gros confettis que je range dans une boîte.
Pourquoi collectionner des gros confettis de la même couleur me direz-vous ? C’est simple, ils ont une odeur !
Par exemple, le confetti d’un évêque a une odeur de sainteté. Celui d’Ombeline un parfum étourdissant qui m’envoûte et dont j’ignore le nom. Celui d’un actionnaire, la naphtaline. Celui d’un trader de l’argent. Il y a des odeurs repoussantes, mais, je n’en dirai pas plus. J’adore les confettis d’ombres de femmes, ils sont tous parfumés ; si elles habitent les beaux quartiers évidemment.
Ce que je veux faire de ma collecte ? À vrai dire, je n’en sais rien ; comme tous les collectionneurs d’ailleurs ! Je crois que c’est le fait de voler quelqu’un qui m’excite ! Je suis un peu pervers, d’autres diront que je suis fou ! C’est possible.
Je cherche toujours Ombeline.
Je sillonne les rues, car je me suis acheté (au noir) des rollers. J’ai cru l’apercevoir et mon cœur à sauté dans ma poitrine. Dans mon émotion, j’ai embrassé un poteau indicateur qui se trouvait devant moi et je l’ai perdue de vue. J’ai récolté une bosse au front. Bien fait pour moi !
En fin d’après-midi, cette fois je la retrouve. Je viens de faire un demi-cercle avec mes rollers juste devant elle. Elle a l’air contrariée : « Ne restez pas là, je ne veux plus vous voir. Vous êtes un loser, fiché au Ministère des Ombres. Vous allez me compromettre. »
Elle est si belle dans le soleil avec son ombre qui s’allonge jusqu'à moi. Je lui dit dans un souffle : « Je reviendrai, je ne vous lâcherai pas.
- Partez la police arrive ! ils me surveillent »
Les « milichiens » sont là, mais sans rollers…
Cette fois je dois partir.
Assis dans ma cabane de jardin que je squatte, je médite : si j’enlève mon ombre, je deviens invisible et comme je n’ai pas de travail je ne risque rien, sauf avec les chiens policiers. Ceux-là ont un flair terrible. Je roule mon ombre soigneusement et je la cache sous le toit.
À toute fin utile, je mets dans ma poche une poignée de confettis d’ombres et je glisse la boîte sous le plancher de « ma » cabane.
En fait, je ne squatte pas vraiment cette cabane. Je rends service à un retraité qui a bien du mal à passer son motoculteur. Je surveille aussi les pillards éventuels qui se manifestent la nuit. Ils se sont fait voler leur ombre, n’ont pas de travail, ont souvent faim alors ils volent des légumes. Je dois les empêcher. Je fais l’épouvantail.
Moi je me nourris un peu sur le jardin. D'ailleurs, je l’entretiens. J’émonde les tomates, cueille les haricots qui sont à point, je tue les limaces et je l’arrose. Mon logeur est content, il me confie une clé du cadenas de la cabane. Je suis devenu végétarien et fin comme un haricot vert.
Invisible je sillonne les rues à la recherche d’Ombeline, j’évite les « milichiens » et fuis leurs chiens. Je me demande combien d’autres dans ma situation circulent dans la ville ? D’après la rumeur, ils seraient plutôt dans les bois. Personne ne sait ou ne veut pas savoir !
En tout cas dès que les « milichiens » avec chiens en coincent un, ils l’affublent d’une ombre synthétique qui sent la merde et l’envoient en centre de rétention, histoire de se dorer au soleil. C’est ce qui se dit ! On les nourrit c’est déjà ça.
Je me décide à roder vers le Ministère des Ombres pour apercevoir Ombeline à l’heure de la sortie. Je la vois, elle sort par la grande porte en bronze qui pèse des tonnes. Elle discute quelques secondes avec un type chauve et moche, puis part à pied seule.
Je n’ose m’approcher, car je j’aperçois deux « milichiens » avec chien et qui la suivent sans en avoir l’air. Ils patrouillent en sifflotant.
Enfin, je vois la porte de son domicile. C’est bien une demeure bourgeoise. Je me propulse sur mes rollers et j’arrive en même temps qu’Ombeline pour me glisser dans la porte. Je suis dans son parfum. Dans le porche d’entrée sans concierge, je la coince par le bras et lui mets la main sur la bouche. Elle essaie de me mordre la main alors je l’embrasse sur la bouche en disant c’est moi !
Elle va tomber dans les pommes, aussi je la soutiens, et je glisse sous mes rollers des confettis d’ombres pris au hasard dans l’une de mes poches. Elle va me voir c’est sûr ! Elle me voit, le regard terrorisé ! Va t’elle crier ? Elle poussa un soupir :
- Je ne sais même pas votre nom Monsieur le loser ! dit-elle.
- Mon nom est Personne ! Arthur Personne.
- Vite, suivez-moi, les chiens sont derrière la porte, ils ont senti votre odeur, et les policiers ont tous les codes d’ouverture.
- Je vais les calmer un moment ! J’ai ce qu’il faut dans ma poche. Et de répandre aussitôt une poignée de confettis à odeurs multiples.
Elle me prit par la main et m’entraîna au fond du couloir pour déboucher dans une cour et ensuite un autre couloir dont la porte donnait sur une rue.
Dans l’entrée, les chiens tournaient en rond, inutilement, au désarroi des « milichiens ».
Je l’implorais du regard et la suppliais : « Venez avec moi, je vous aime. Nous vivrons dans les bois où dans ma maison de jardin, nous mangerons des légumes frais. Ce sera bon pour votre santé.
- Vous êtes un utopiste. Je ne vous suivrai pas. D'ailleurs, ceci est trop bouleversant pour moi. Adieu Arthur ! Elle claqua la porte derrière elle et je me retrouvai seul dans la rue.
Toujours invisible je décidai de rentrer dans mon abri de jardin. Les quelques chiens rencontrés furent dissuadés par mes confettis et j’arrivai à destination sans accrocs.
Les jours qui suivirent, je m’occupais à faire de la confiture de mures sur le réchaud à gaz de mon logeur retraité. Il allait avoir quelques bocaux à emporter.
En touillant la confiture, j’avais réfléchi à mon avenir. En utilisant mes talents d’invisibilité et de brouillage de piste, je pouvais devenir un cambrioleur aussi célèbre qu’Arsene Lupin. On ne trouverait ma trace dans aucun fichier puisque mon nom est Personne. Sauf au Ministère des Ombres. Serai-je protégé ?
À moins que je ne devienne fou d’amour évidemment.
Ombeline, vient me retrouver dans ma cabane de jardin !
Je cultive aussi des fleurs. De lupins précisément.
Maintenant, l’automne arrive. Je me demande ce que je vais manger à présent. Des conserves probablement ! Mon logeur est arrivé aujourd’hui avec une nouvelle acquisition. Comme beaucoup de retraités, il achète ; car cela peut servir… un jour ! Cette fois, il s’agit d’ un souffleur aspirateur, pour les feuilles mortes à ce qu’il dit. Il en fait la démonstration illico. Il faut d’abord souffler, monter un petit tas et ensuite aspirer. Enfin, vider le sac sur le compost. Seulement, son truc qu’il porte en bandoulière et qui dispense du râteau produit un bruit d’enfer. Ce n’est pas très écologique, mais tout le monde en veut. Voyez par exemple les employés municipaux en veste jaune qui constituent des petits tas. Ils sont pourvus d’un casque sur les oreilles.
Nous nous amusâmes à récolter les feuilles des arbres fruitiers tombées dans les allées ; puis le vacarme fini nous discutâmes de mon avenir autour d’un thé à la menthe cueillie dans le jardin : « Tu crois que tu vas tenir le coup, l’hiver arrive, dit John ; car il s’appelle John.
Il est un jardinier émérite comme on dirait dans l’ex-URSS. Il a hérité de ce lopin par sa mère qui elle-même le cultivait pendant la dernière guerre où l’on mangeait des rutabagas.
John est le fils naturel d’un GI, qui aimait le jardinage et la belle jardinière, qui lui apprit l’art de cultiver son jardin.
- Mon cher John prête-moi encore ta cabane juste pour dormir c’est mieux que des cartons dans la rue. Je vais m’embaucher dans un restaurant chinois et je mangerai les restes de pâtes. J’irai au Secours Populaire pour demander une doudoune ; je voulais me rassurer. Et puis il fallait bien que je puisse ranger mon ombre sous le toit de la cabane, quand le besoin s’en ferait sentir, et aussi cacher la boîte à confettis.
- Comme tu veux, reste et protège mon matériel. Garde la clé du cadenas.
En rangeant l’appareil à feuilles, germa une idée. J’allais me dissimuler en ramasseur de feuilles municipal et me poster à côté du passage des employés du Ministère des Ombres. Mon plan serait machiavélique ! Il fallait profiter de l’automne et de la langueur de fin de saison quand les ombres s’allongent.
Le travail paraissait immense ; des feuilles partout. Je me confondis dans la masse après avoir subtilisé une casaque jaune dans une voiture en stationnement dont une porte n’était pas verrouillée. Je ne possédais pas de casque et faillis me faire repérer par le chef qui me fit signe d’approcher pour m’en fournir un. Il m’apostropha : « Alors et la sécurité ! Tu es nouveau, cela se voit ; demain n’oublie pas ton badge !
- Oui merci ! formulé d’un air idiot, ce qui n’eut pas l’air de le surprendre bien que je supputais qu’il y eut des bacs + 5 parmi les ramasseurs.
- Présente-toi demain au camion.
Je tournai les talons pour construire mes petits tas. Je n’étais pas loin de la sortie du Ministère des Ombres et je craignais qu’Ombeline me reconnut. Des pas s’approchaient en craquant dans les feuilles encore éparses. Une ombre passa vers moi ; je poussai l’interrupteur et hop ! Je passai en aspiration juste sur l’ombre.
L’autre, ne s’aperçut de rien et devint transparent en trois pas. Seul le craquement des feuilles indiquait sa progression.
Je continuai ma collecte et bientôt j’eus à ma disposition une dizaine d’ombres. Le moteur connu des ratés et commença à chauffer. Je coupai le contact, puis le remis. Il me fallait filer d’ici. J’aspirai mon ombre. Je coupai à nouveau le contact et rentrai chez moi invisible. Enfin, dans la cabane de John !
Je fis l’inventaire ; des ombres étaient froissées et je dus les glisser sous mon matelas pour les remettre à plat. Je récupérai la mienne non sans mal, car coincée à l’entrée du moteur.
Je sortis un vieux fer à repasser solaire et j’enlevai les plis.
Demain, je porterai dans un vieux carton à dessin, les ombres collectées au Ministère de la Guerre. Ces gens-là paient bien et ne posent pas de questions. C’est tout ce qui m’intéresse !
Un conseil, si vous croisez un ramasseur de feuilles un soir d’automne.
Fuyez ! Fuyez !
Ne laissez pas traîner votre ombre…
J’ai encore collecté des ombres du Ministère des Ombres que j’ai à nouveau revendu au Ministère de la Guerre. Je me suis fait un joli pactole pour partir en vacances dans les îles sous le Vent, car je vais enlever Ombeline, c’est décidé…